Le Défi Montecristo (récit)

Publié le par Rico

 

J’arrive à Marseille le 28 juin en fin de matinée, accompagné par mon ami Bernard (Un ami que dis je ... Un "frère" !), qui a eu la gentillesse de m’accompagner pour ma première participation au Défi Montecristo.

Cette course, organisée en mer au large de la capitale Phocéenne, consiste à rallier le Château d’If à la plage du Prado à la nage. La distance est de 5 Kms. Elle est ouverte aux nageurs avec palmes et aux nageurs en eau libre (en maillot et sans palmes).

Pour ma première participation, j’ai décidé d'être raisonnable et de m’inscrire dans la catégorie « Open ». C'est-à-dire une course d’une distance de 2 Kms, réservée aux amateurs et organisée la veille du Défi lui-même.
Deux bornes, pour cette année, c’est dans mes cordes.

Le premier élément qui me frappe en arrivant sur place c’est le village olympique dressé sur la plage pour l’occasion. C’est absolument sublime: de grandes tentes blanches les unes à côté des autres, des drapeaux multicolores, de la « com » à la pelle et de la musique à fond. Là, c’est du solide…

Il fait un soleil de plomb, et je suis inquiet par rapport à la différence entre la température de l’eau et de l'air ambiant. Les  21° annoncés par la météo marine pour la méditerranée contrastent sérieusement avec les 34/ 35 ° de l'air ambiant. La semaine dernière, la même différence de température m’avait posé un problème à l’entrainement en mer car j’avais eu une très désagréable sensation de froid pendant tout le long de la séance.

Nous ne sommes pas loin de midi et il faut que je mange car l’épreuve est prévue pour quinze heures. Je m'applique toujours à m'alimenter trois heures avant une épreuve, quelle que soit la nature de la discipline que j'ai choisie (course à pied ou NAP). C'est une attitude à avoir avant une compétition sportive. Pour bien digérer les aliments et profiter un maximum de leurs apports, il FAUT s’alimenter 3 heures avant l'effort (et bien boire aussi).

Nous trouvons un restaurant italien en front de mer. Un bon plat de pâtes c’est excellent pour un apport en sucres lents. Le problème, c’est que si les pâtes sont très bonnes pour l’organisme avant un effort, les sauces qui les accompagnent peuvent poser un problème au système digestif. Je vais en faire l’amère expérience. En fait, le « pesto » dans lequel baignent mes tortellinis est beaucoup trop riche en matière grasse. Sur le coup, cela me « plâtre » bien l’estomac, mais pour la suite, cela va me causer des ennuis...

Après le déjeuner, nous revenons sur place. Le village est désormais ouvert aux nageurs. Je me dirige vers la tente réservée aux retraits des bonnets de course. Je porterai le N° 83. Il nous reste une bonne heure trente avant la course. Il fait vraiment très chaud, et nous décidons de nous mélanger à la foule amassée sur la plage en ce bel après midi d’été. Bernard part se baigner et je m’installe sur le sable. Je garde mon tee shirt car je ne veux pas monter en température au soleil. Pas question d’avoir la trop désagréable sensation de chaud/ froid en me mettant à l’eau pour la course. En plus, je commence à trouver les tortellinis de midi un peu trop lourds…

La chaleur et mes soucis de digestion me désorientent un peu. Je ne suis pas dans mes « marques » et j’ai horreur de ça. J’ai besoin de bien me mentaliser avant une épreuve et là, c’est très difficile. Trop de monde, trop de bruit, trop de soleil… Je me dis qu’en effectuant mon petit footing d’« échauffement » (comme s’il en était besoin avec une telle canicule) les choses devraient rentrer dans l’ordre. Au contraire, en commençant à trottiner en direction de la corniche, je ressens une barre au niveau de l’estomac et je me sens horriblement lourd.
En revenant vers la plage, j’entends dans les hauts parleurs que les organisateurs vont convoquer les concurrents pour un briefing d’avant course. Bon sang, je suis perturbé dans la chronologie de mon échauffement, moment très important que je privilégie avant chaque course. Habituellement, je profite de ce moment pour faire le vide, mais là, ça va trop vite à mon goût et je m’énerve. Je m'installe sous une tente, à l'ombre, pour me préparer. Alors que je débute les étirements, le briefing commence. L’heure avance, et si je ne suis pas habillé avant la fin du « speech », je vais être complètement à la bourre ! Sans compter que dans cette ambiance, je bâcle carrément mes exercices d'avant course. Heureusement que Bernard est là et il m’aide à m’organiser. J'écoute les consignes annoncées au micro par un des membres de l’organisation. Quand celui-ci commence à décrire le parcours matérialisé par des bouées qu’il nous demande de repérer depuis la plage, c’est la panique. Je sors de la tente à moitié habillé et je monte sur un chaise pour repérer, au loin, les bouées dont il parle. On a déjà assez de mal dans ce sport à se repérer, si en plus on ne sait pas par où il faut passer !! Pour couronner le tout, à la fin de son discours, le speaker nous annonce que le départ est imminent et je suis le seul qui n’est pas encore dans l’eau.
J’attrape mes palmes et je fonce vers la plage. Les concurrents sont déjà tous regroupés. Je me chausse, me mets à l’eau et je me dirige vers le groupe. J’essaie de me faufiler du mieux possible pour arriver, tant bien que mal, devant. Ouf ! Mais je ne vais pas souffler longtemps… Klaxon... C’est parti !! 
Comme pour la traversée de la Rochelle- Ré, je démarre avec le petit groupe de tête qui ne se fait pas doubler et c’est un bon point. En revanche, ma douleur au niveau de l’estomac s’est accentuée. En plus, comme à chaque début de course, je suis en train de palmer avec du rythme, et cette désagréable sensation augmente avec l'intensité de l'effort. Lors de mes deux premières traversées, j’ai été gêné par un point de côté. Là c’est pire, voire insupportable. Je maudis les tortellinis au « Pesto »… Ce malaise est si fort que, pour la première fois, j’imagine, un instant, abandonner … Mais non, pas question ! A côté de moi nage un bi palmiste. On est ensemble depuis le départ. La première bouée approche. Le vent n’est pas  trop fort mais nous avons quand même un clapot assez soutenu en pleine figure. C’est vraiment difficile. Je contourne la bouée par la gauche. Le nageur qui m’accompagne reste en retrait. Je ne le verrai plus de toute la course, ni lui, ni aucun autre concurrent du reste…. Après le premier virage, je prête un peu plus attention à mon environnement. L’eau à cet endroit est d’un bleu profond magnifique. Je lève un peu les yeux et je vois les falaises qui longent la côte. Juste en dessous, c’est Marseille.. C’est vraiment très beau. Comme par enchantement, mon mal de ventre à disparu. Je suis dans le bon rythme et je me sens vraiment serein. La bouée N°2 se rapproche. A ce moment là, sur ma droite, apparait un kayakiste. Il fait partie du dispositif de sécurité mis en place par l’organisation. Les kayaks sont là pour nous montrer la route, et, le cas échéant, nous porter assistance avant l'arrivée des bateaux prévus pour les secours. Leur aide est précieuse. Le rameur me parle et comme je suis équipé de mes bouchons je n’entends pas ce qu’il me dit. En revanche, je vois, à travers ses signes, qu’il me demande de modifier ma trajectoire.
Je m'exécute et je double la seconde bouée par la gauche. Jusque là tout va bien. Je suis en forme, je ne me suis pas fait doubler et j’ai un kayakiste qui me guide. Je nage vers la troisième bouée que j’aperçois entre deux vagues. Désormais, le courant m'est un peu plus favorable, même s'il vient de côté. Alors que je m'approche de la balise, le kayakiste qui m’accompagne prend le large. Mince, au plus mauvais moment… En fait, j’ai loupé quelques épisodes du briefing, notamment ceux concernant le tracé matérialisé par les bouées lestées en mer. En gros, je sais que je dois tourner à gauche des deux premières balises jaunes et suivre jusqu'à la quatrième (rouge celle là) pour rallier la plage et l’arrivée. Mais entre la seconde et la dernière bouée, il y a la troisième. Et celle là, je ne sais pas du tout par ou on doit la contourner. Il faut respecter un sens de contournement car c'est obligatoire. A son approche, je vois devant moi le kayakiste qui la laisse à sa gauche. Je décide de tirer tout droit vers elle. Je suis tiraillé entre l’idée de ne pas la contourner et risquer d’être éliminé si c’est obligatoire, ou bien d’en faire inutilement le tour et perdre un temps précieux si ce n’est pas nécessaire. En même temps que je m’interroge sur ce point crucial... je ralentis (ma femme me répète souvent que les hommes ont du mal à se concentrer sur deux choses en même temps). Conscient que je suis en train de perdre du temps, je décide de tenter le tout pour le tout. Je tourne à droite toute et je fais route vers la plage. Ce faisant, je laisse ma bouée à gauche sans la contourner. De toute façon, je sais que je ne suis pas un tricheur et ma manœuvre n'est pas destinée à tromper mes adversaires alors tant pis si je suis pénalisé.

Désormais, je commence à distinguer nettement le toit des tentes blanches du village. C'est un excellent repère à terre. Je rattrape le kayakiste et, à nouveau, il va m’aider à m’orienter. Il m’abandonne à l’entrée du chenal de bouées qui matérialisent la ligne droite de l’arrivée. Je me mets à crawler de toutes mes forces. Je passe sous le panneau flottant portant l’inscription « Défi Montecristo 2008 ». Ca y est. Je suis arrivé. Je sors de l’eau, pas trop crevé cette fois ci, et je m’approche du speaker. Il me dit que je suis dans les 10 premiers. En fait, je suis 13ème au général et 9 éme des bipalmes, à 4 mn 10 s du premier.

Je suis heureux car je comptais sur ce résultat pour me conforter dans mon sentiment: c’est décidé, je continue dans ce sport qui est une véritable révélation pour moi et je vais désormais m'entraîner pour m'attaquer à des distances plus longues...

 

 

Publié dans Courses

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