Ma Première Victoire

Publié le par Rico

Pour l’année 2009, j’avais décidé de passer à autre chose et de me préparer pour des courses de plus longues distances. Pour cela, il me fallait modifier totalement mon entrainement et c’est là que j’ai décidé de m’adjoindre les services d’Anaïs. Pour elle, la longue distance ne se prépare pas forcément en s’entrainant sur des séances longues, mais plutôt en piscine et en multipliant les sessions courtes, fractionnées et franchement ‘’explosives’’. La Traversée de Sète va lui donner raison…

Je me rends à Sète ce 19 mai 2009 avec une petite boule au ventre. En fait, un problème personnel m’a empêché de m’entrainer pendant 1 mois et, avant cela, je n’avais pas été d’une très grande assiduité au bassin, sans parler des sessions en milieu naturel que j’ai carrément zappées cette année. Et pour tout vous avouer, ce 19 mai 2009 cela fait presque 1 an que je n’ai pas mis ma combinaison de nage ! Jean Noël, mon cousin, m’accompagne. Sa présence est rassurante d’une part, et très motivante d’autre part.

Jean Noël a une personnalité ainsi faite qu’il sait trouver les mots pour dédramatiser une situation ou encourager quelqu’un qui a des doutes. En prime, il est soigneur des Reichels d’une grande équipe de Rugby et il a l’habitude de motiver ses troupes. Là, il ne le fera pas pour 15 solides gaillards dans un vestiaire embuée mais sur les quais d’un port et au bénéfice d’un (presque) quadra qui a de sérieux doutes sur ses capacités à jouer un gros coup dans l’épreuve à laquelle il s’est inscrite.

Nous sommes sur place assez tôt. Je suis pré-inscrit et les formalités ne durent pas. Comme d’habitude, j’ai un timing précis et je ne me presse pas pour me préparer. Jean Noël m’est d’une aide précieuse. Habitué à porter assistance à ses joueurs, il me prépare soigneusement mon matériel et il m’offre l’opportunité de ne consacrer mon esprit qu’à mon échauffement. Nous nous mettons en retrait du reste des participants. Pour la première fois, je ne vais pas trop m’attarder sur l’échauffement ‘’a sec’’ pour pouvoir m’échauffer dans l’eau. Je trottine un peu, je m’étire, je chauffe mes épaules et je m’équipe. Jano me fait passer le matériel et nous nous dirigeons ensemble vers la zone de départ.  Le quai est plein de monde mais, même si nous ne sommes qu’à moins de dix minutes du ‘Start’’. Il n’y a aucun nageur qui se prépare à se mettre à l’eau. Que grand bien leur fasse moi j’y vais …

Au moment de me glisser dans l’eau il y a d’autres nageurs qui me rejoignent. Mais il y a quelque chose qui cloche : ils sont tous assez jeunes et un grand nombre de personnes restent obstinément sur le quai. Je me rapproche du bord, je sors de l’eau et je me dirige vers un chronométreur : le départ des 3000 et 6000 m c’est dans une demi heure. Bravo. Je suis tout mouillé et je me suis échauffé pour des prunes. Nous repartons vers la voiture. Je retire le haut de la combinaison, je me sèche et je recommence à m’échauffer. Janot contrôle le timing. Son aide m’est vraiment précieuse car je ne stresse pas du tout à l’idée d’être en retard pour le départ. Je recommence mon échauffement. Au bout d’une dizaine de minutes, je me rééquipe et nous repartons vers le départ. Là, l’ambiance à totalement changé. Cette fois ci il y a de l’effervescence. Je me mets rapidement à l’eau et je matérialise une zone de 100 m pour pouvoir m’échauffer.

Mon échauffement terminé je m’approche au plus prés possible du quai. J’ai décidé de faire une course ‘’intelligente’’. C'est-à-dire que je ne vais pas seulement me contenter de palmer mais je vais essayer d’utiliser la meilleure trajectoire possible (15 ans de sport auto ça laisse des traces), et de faire au mieux avec les courants. Je me souviens encore des conseils que Jacques Tuzet avait donnés aux nageurs avant le départ de la traversée de Palavas à la nage : au centre du chenal il y a du courant et sur les bords il y en a moins. On va voir si c’est vrai ici aussi. De toute façon, je suis parti un peu en repérage et je sais que si nous allons avoir un courant de face au départ, il devrait s’atténuer au premier virage, être carrément favorable derrière la Chambre des Commerces et peut être nul sur les 1000 derniers mètres.

Le sifflet de départ. C’est parti !

Je mouline un max avec mes jambes. Anaïs m’a préparé à mettre gaz dès le départ et j’ai confiance dans ma condition. De toute façon, mon but c’est de me sortir de la mêlée le plus vite possible. Pas question de rester bloqué au milieu des concurrents, prendre des coups de palme dans les narines et perdre un temps fou. Je tape de toutes mes forces et je sens que ça marche. Un gros malin me saisit par une palme et me tire en arrière ! Jacques m’avait prévenu que cela existait dans certaines courses ou des nageurs peu scrupuleux vous saisissent par le maillot pour s’accrocher et vous doubler en force (un célèbre nageur de longues distances en fit d’ailleurs un jour une amère expérience puisque un nageur lui arracha carrément son maillot au départ et il finit la course en tenue d’Adam !)

La tentative de mon poursuivant s’avère totalement vaine car je me décroche rapidement de lui. Je mets de suite en place ma stratégie en me dirigeant dès que possible au plus près du quai. Un flotteur (catégorie de nageur avec palmes qui utilisent des gros flotteurs sur lesquels ils ‘appuient pour nager) me barre la route. Il reste sur ma gauche et a le même rythme que moi. J’ai le choix entre accélérer un peu plus et le doubler ou perdre du temps et le laisser passer pour me rabattre à sa gauche. J’ai déjà mis beaucoup d’énergie au départ et je risque de me rôtir en le doublant. Il n’est pas non plus question de casser mon rythme. Tant pis, je reste à ses côtés. Cette position n’est pas confortable car en prime, ce crétin se colle à moi et il m’empêche de sortir mon bras gauche pour nager. Un monopalmiste me double par la droite. Il ondule comme un dingue… Je sens un point de côté.. Mince, déjà, au bout de dix minutes... Ça part mal.

Point de côté, flotteur collant, je commence à me faire doubler... Ca y est, le doute s’installe. En prime, j’entends Jano qui me hurle ‘’plus vite Rico !’’ à l’amorce du premier virage…Ceci dit au passage, malgré les bouchons que je porte, c’est la première fois que j’entends quelqu’un m’encourager pendant une course et ça fait du bien ! Nous tournons à gauche et là, le chenal devient port. C’est carrément hyper large. J’en profite immédiatement pour mettre la barre à bâbord toutes. Au passage, je laisse le flotteur à sa place … Je lève régulièrement la tête pour bien m’assurer que je file le long du quai sans trop m’éloigner vers le large. Je m’aperçois alors qu’il y a peu de nageurs devant moi. Cela me rassure. Nous sommes 92 nageurs, s’il y en a peu devant moi c’est que le reste est derrière. Ca sent très bon tout ça et le moral revient. En revanche, je sens que je fournis un gros effort et je sais pas si je vais tenir cette cadence longtemps. Mais pour l’instant c’est ok.

Deuxième virage à gauche. Là je sais que les courants me sont favorables mais je reste collé à gauche. J’aperçois à nouveau Jean Noël et je l’entends ! Je continue mon palmage et je vérifie ma trajectoire régulièrement. Soudain, je retrouve une vieille connaissance qui vient se coller à moi : le type au flotteur... Bon sang de deux choses l’une, ou ce mec à peur de se perdre ou je lui rappelle un vieux pote ! En tout cas, il a décidé de ne pas me lâcher. Qu’à cela ne tienne, je m’éloigne encore de lui en me rapprochant des quais. Là, ce sont les pêcheurs à la canne que je vois s’exciter. Tant pis pour eux, ils avaient qu’à venir taquiner la dorade un autre jour que celui de la 40ème traversée de Sète !

Bien que le courant soit favorable, je n’ai pas l’impression d’avancer trop vite. Je lève la tête et je vois un nageur qui à bien 200 m d’avance. Au fond de moi, je sais que je ne peux pas faire plus. Je n’ai pas l’entrainement que je désirai avoir et si je tente de le rattraper si tôt je risque de m’épuiser et de ne pas pouvoir terminer la course. Et ça il n’en est pas question. Troisième virage à gauche. Là, c’est la grande, grande ligne droite jusqu’à la bouée de demi tour. Mon vieil ami le flotteur me colle et je vais lui préparer une surprise…

 En sport auto, quand un adversaire colle trop sa trajectoire à la vôtre il prend le risque de se fouttre en l’air si vous-même vous prenez une mauvaise trajectoire. Sauf que si vous faites croire à votre poursuivant-collant que vous êtes sur une bonne trajectoire alors que c’est le contraire vous pouvez lui faire payer cher son attitude pot de colle. On va voir si ça marche en NAP…

Je suis à gauche du chenal. D’un coup, je tire à l’extrême opposé du canal, vers la droite. Ce faisant, je me prépare à être du bon côté de la bouée au moment ou il faudra amorcer le virage. Bien sûr, mon jumeau me suit... Il reste sur ma droite alors que nous fonçons sur un pont. Je reste obstinément à droite et lui, n’en parlons pas … Le pont approche mais je ne bouge pas d’un iota. Quand je suis presque au pont, je fais un virage sec sur la gauche pour passer dessous. Comme j’exécute cette manœuvre au dernier moment et que ce type s’est obstiné à rester collé à moi sans ralentir ou me doubler, il se retrouve coincé face aux bateaux du quai et au mur du pont. Il va les contourner, bien sûr. Mais le temps qu’il va prendre pour le faire je suis déjà sous le pont et comme en prime c’est l’endroit exact que j’ai choisi pour accélérer ma cadence, mon vieux pote le flotteur ne verra plus que le remous de mes palmes jusqu'à la fin de la course…

Je suis en pleine accélération et je sens que je pourrai tenir à ce rythme même si la bouée de virage me parait être encore très loin. Soudain… panique ! Une crampe au niveau du tendon de mon pied droit. C’est la première fois que j’ai ce genre de problème. J’aurai dû écouter Jean Noël : boire plus et utiliser sa crème miracle pour bien chauffer les muscles avant le départ. Je ralentis le rythme. J’arrive à la bouée et la douleur ne cesse pas. Je prends mon virage et je ne palme plus que sur ma jambe gauche ! La douleur baisse un peu mais comme je suis obligé de palmer que d’une jambe c’est une nouvelle crampe qui apparait sur mon mollet droit !

Là, je suis mal. Une crampe à chaque jambe c’est l’abandon assuré. Je me retourne carrément sur moi-même pour tenter de tendre mes muscles et de faire cesser la douleur (au passage j’aperçois  le type au flotteur qui revient sur moi avec son air sadique..). Je reprends position et je ne nage plus que sur les bras. J’ai encore 450 m à faire et sur les bras ça va être chaud. Peu à peu, la douleur diminue encore et encore. Je suis aux 200 derniers mètres et je n’ai plus mal. Je me dis que je peux commencer mon sprint. Advienne que pourra … C’est parti ! Je mouline des jambes, des bras et de toutes mes forces. Je sens cette chaleur-douleur m’envahir et je me dis que y’a pas de problème que je suis capable de tenir jusqu’au bout... Merci Anaïs...

Et ça tiendra jusqu’au bout, jusqu'à ce que je tape de ma main sur le quai et que Jano, qui est à la place que ma femme occupait l’an dernier quand elle m’a annoncé que j’étais second, me dise : ‘’tu est Premier ! …‘’

Publié dans Courses

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nata 20/05/2009 19:04

J'étais pas à Sète mais là frangin châpeau bas car tu nous fait vivre la course comme si on y était! c'est génial!!
Ta frangine!