Le Championnat de France des Maitres

Publié le par Rico

En NAP, le terme ‘’Maître’’ signifie ‘’Vétéran’’ de la discipline. La ‘’maturité’’ est définie ici à partir de 35 ans. Et comme, d’une part, j’ai plus de 35 ans, et, d’autre part, j’ai envie de me mesurer aux garçons de mon âge qui partagent la même passion que moi pour ce sport, j’ai décidé de m’inscrire aux Championnats de France des « Nageurs avec Palmes Mûrs »…

Me voilà donc, ce dimanche 21 juin 2009, à Balaruc les Bains en compagnie d’Anaïs, ma gentille entraineur. Gentille parce que il fallait vraiment être sympa pour se lever si tôt et venir me soutenir sur place. Sa présence est carrément précieuse pour moi. Elle va me conditionner pour cette épreuve et j’en ai besoin. 5 bornes à la nage, même avec des palmes, c’est l’inconnu pour moi. La veille, j’étais venu sur place avec mon Père pour procéder aux formalités d’inscription. Vérification des papiers et du matos. Il s’agit d’une course fédérale et, qui plus est, d’un Championnat de France. On sent que les organisateurs, très pointilleux, ne badinent pas avec le règlement et c’est tant mieux.

Accompagné de mon papa, j’avais donc eu, le samedi, tout loisir pour m’imprégner des lieux, découvrir le parcours et tenter de prendre quelques repères.

C’est donc en terrain connu que je m’apprête à prendre le départ de ma première course d’envergure nationale.

Comme à l’accoutumé, je vais préparer mon échauffement ‘’à sec’’ en essayant de m’éloigner un peu du reste des concurrents. Je me suis mis une pression énorme toute la semaine et je crois que je l’ai communiquée à Anaïs. Elle est presque aussi nerveuse que moi, on  dirait que c’est elle qui va se mettre à l’eau pour le départ…

Mon petit footing me permet de longer l’étang et de tenter de repérer les bouées. En fait, nous devons réaliser une boucle de plus de 1600 m que nous répèterons 3 fois. Ca à l’air assez facile comme ça, mais il y a toujours ce soucis de repérage dans l’eau. En plus, il fait beaucoup de vent et j’ai peur d’avoir pas mal de clapot entre les bouées A et B. Je repère 3 voiliers et je me dis qu’il faudra que je calque ma trajectoire de façon à me diriger vers le voilier qui n’a pas d’annexe, à la sortie du premier virage, pour trouver la bouée B, 540 m plus loin.

De retour de mon footing je m’étire un peu. Anaïs me recommande plutôt de chauffer mes muscles que de les étirer. Elle a bien raison mais en même temps, je me sens un peu dénoué quand je m’étire avant une ‘’compète’’. Pour la première fois depuis que je fais des courses de NAP, je vais procéder à un échauffement dans l’eau. Jusque là, je pensais me préserver en retardant ma mise à l’eau et mon effort de nage. Mais ce n’est pas de l’avis de ma coach et elle me demande de m’échauffer sur au moins 800 m ! En fait, son jugement est excellent car en me demandant de ‘’faire monter les tours’’ avant le départ, elle va me préparer au premier sprint pour m’arracher du peloton et me préserver de mon sempiternel point de côté des 1200 m. Nous ne trainons pas longtemps sur la petite plage et nous nous approchons des barrières qui séparent les concurrents du public. Passé cette limite, on est définitivement enregistré pour le départ.

Je m’équipe et je me dirige vers l’eau. Il n’y a pas encore beaucoup de nageurs en place. Je chausse mes palmes et je démarre mon échauffement. C’est peu profond et il y a plein d’algues. Je n’aime pas ces plantes marines car elles provoquent chez moi une réelle aversion. C’est psychologique et j’y peux rien...Mais là, il va falloir passer outre… Je démarre mon échauffement, doucement. Je nage en direction d’un petit bidon qui me sert de repère puisqu’il doit être à environs 200m du bord. Arrivé au bout, je reviens vers le ponton ou commencent à s’agglutiner quelques nageurs. Demi-tour…je repars...puis demi-tour encore…Aucun soucis côté matos, mis à part un doute sur les lunettes car j’ai peur qu’elles soient un peu trop serrées… Je ressors de l’eau et je me dirige vers Anaïs qui se trouve maintenant derrière les barrières. Elle me règle les lunettes, je me rééquipe et je lui dis ‘’à tout à l’heure…’’ Je rejoins le groupe de nageur qui a grossi. Le départ est imminent. Je me dirige vers la ligne d’où nous allons nous élancer pour les 5 kilomètres de course. Je me serre contre le ponton de façon a avoir une trajectoire optimale en direction de la première bouée. Le gros du peloton est sur la gauche et c’est tant mieux car il faut absolument éviter la cohue des 100 premiers mètres… Quelques longues minutes… Klaxon…Go !!

Comme à l’habitude, le départ est un immense ’’foutoir ‘’ ou s’entremêlent les hommes, les palmes et les rares poissons affolés par une telle bataille en surface. Pour la première fois de ma jeune vie de nageur avec palmes, il va m’arriver un truc que je peinerai sûrement à faire croire à mes enfants lors des soirées d’hiver au coin de la cheminée. Un nageur me pousse vigoureusement sur sa droite. Je suis alors totalement déporté sur un monopalmiste. Mais au moment où je suis déporté sur ce gars, celui ci est en mouvement d’immersion. Je passe alors au dessus de lui et comme il y a un troisième nageur qui lui, fait le forcing sur sa gauche, je me retrouve bloqué dans cette position quand le monopalmiste remonte. Résultat, je me retrouve sur lui ! Et le gars ne s’arrête même pas ! Je crois qu’il ne s’est pas aperçu qu’il avait un hôte (bien involontaire) sur son dos ! Je fais ainsi un petit bout de voyage de quelques mètres avec ce nageur puis je glisse à nouveau dans l’eau. J’arrive presque à me marrer sur le moment. En plein départ d’un Championnat de France, un peu d’humour c’est du luxe …

Je poursuis mon effort malgré cette petite (et amusante) déconvenue. La tactique que nos avons mise au point avec Anaïs est simple : on met gaz sur les 400 premiers mètres histoire de se sortir du groupe, on gère 2 tours et on remet le pied dedans sur les derniers 1500. Je me suis entrainé pour ça et logiquement, ça doit le faire. Bien que je palme généreusement sur les premiers 200, je m’aperçois que je me fais tout de même doubler par pas mal de concurrents. Hé oui. Le niveau est relevé ici et je ne suis pas le seul à pas être venu ‘’pour enfiler des perles’…

Mais je ne suis pas découragé pour autant. D’abord et avant tout parce que je suis surtout ici pour me faire plaisir. Ensuite parce que de toute façon, j’ai mon niveau. Quoiqu’il arrive je ne serai ni au dessus, ni au dessous. En fait, à l’arrivée, je ne serai qu’à ma place …A partir de là, je n’ai plus qu’à nager, suivre ma stratégie et savourer le moment…

 La première bouée arrive, j’engage mon virage. Comme prévu, le clapot est présent, mais pas aussi important que je ne l’imaginais. Juste un peu désagréable mais sans plus. La difficulté va être de repérer la prochaine bouée. Pour l’instant, pas trop de soucis puisqu’il y a encore pas mal de nageurs devant moi. Je me contente de les suivre et, ce faisant, je me dis que j’ai de la chance. En effet, j’avais décidé, avant la course, de me diriger vers le voilier sans annexe (sorte de petit zodiac attaché à l’arrière d’un bateau). Hors, les concurrents ne se dirigent pas du tout vers le canot que j’ai choisi comme repère. Au contraire, ils font route vers les bateaux qui sont équipés d’annexe. Après tout, s’ils foncent tous dans cette direction qui me parait mauvaise c’est qu’ils ont bien une raison. Je lève régulièrement la tête et je vois, assez loin, la bouée B. En effet, mes calculs de trajectoire n’étaient pas bons. Il faut laisser le voilier sans annexe sur la droite…Heureusement que je ne suis pas premier !

J’aperçois la bouée B sans problème. J’approche et je passe le second virage. Là, le clapot est inexistant et cela devient plus agréable à nager. Malheureusement, c’est un véritable champ d’algues. La visibilité n’est pas trop bonne et c’est tout simplement dégoûtant. J’ai des algues partout sur mon tuba et mes lunettes.  En prime, ce n’est pas très profond. Ce ne doit pas être trop gênant pour les monopalmistes, très majoritaires dans cette compétition, mais un peu plus embêtant pour les bipalmistes à certains endroits (les ‘’monos’’ nagent sans passer leurs bras). Mais bon, dans l’ensemble, c’est tout de même un très beau parcours. Je repasse au ponton de départ. Une boucle bouclée. Le second tour se fait sans problèmes. Comme prévu, je me ‘’ménage’’. Pas question de se griller. C’est vrai que j’ai l’impression d’être un peu en balade mais je ne connais pas encore cette distance et je préfère rester prudent. Je tiens absolument à finir la course. Ceci dit, je ne me fais pas doubler et je double quelques concurrents. C’est toujours bon signe. Mon orientation est parfaite. Je m’offre même le luxe de retrouver les mêmes repères sous marins qu’au premier tour !

A l’amorce du troisième tour, je décide de mettre du rythme. Je me sens vraiment bien et je sais que j’en suis capable. Mais alors que je suis en train de doubler un concurrent, ma main frappe assez violemment sa tête. Immédiatement, et par réflexe, je m’arrête net pour demander au nageur si je ne lui ai pas fait mal. Mon sens civique va me couter cher. Cet arrêt brutal provoque une tétanisation très douloureuse de mon mollet. Oh non ! Pas une crampe, pas maintenant !

Anaïs m’a appris à nager sur une palme et je poursuis mon chemin. La douleur s’estompe mais à chaque fois que je tente de palmer avec la jambe concernée cela recommence…Il me reste encore plus d’un kilomètre à parcourir … Je suis mal…

J’arrive à résoudre mes soucis mais à l’amorce de la seconde bouée c’est mes muscles antérieurs qui se tétanisent. Je ralentis considérablement mon rythme. Mes jambes jouent au ping-pong avec les crampes. Un coup l’une, un coup l’autre. Je ralentis encore plus. J’arrive à nager mais je sens que dès que j’accélère mes membres inférieurs me lâchent. Il va falloir terminer la course comme ça.

Je m’accroche et j’arrive à la dernière bouée. Plus que 240 mètres avant l’arrivée. Je me suis entrainé à nager 200 m à fond. Mais là, c’est impossible. Si je tente le coup je risque l’abandon.

Je rallie l’arrivée tant bien que mal.

Au fond du couloir un nageur qui m’a doublé sur les 100 derniers mètres me dit : ‘’ je t’ai eu !’’

Oui, c’est vrai …’’il m’a eu’’. Il a battu au sprint un nageur qui ne sent même plus ses jambes tellement elles sont endolories par les crampes. Mais franchement, je me fous pas mal de terminer 28ème, juste derrière un bi palmiste à l’égo égal à la voilure de ses palmes. Le plus important en fait, c’est cet immense sentiment de sérénité qui m’envahit. J’ai gravi une marche de plus. Je sais désormais que je peux nager plus loin encore…

 

Publié dans Courses

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didier laurent 12/10/2009 12:49


salut , en connaissance de cause , je te felicite pour ta course, pour les crampes , la veille de grand raid je mange des banane et bois beaucoup, je suis de charente maritime et nage à la
tremblade, pour les algues ce n'est pas n'ont plus ma tasse de thé, pourtant elles sont à leurs place
bravo et bonne continuation


gonthier eric 25/06/2009 20:17

Alors la respect Rico, car pour avoir 14 ans de natation a haut niveau, je sais a quel point parfois ce sport peut etre ingrat et surtout difficile.
Donc felicitation et merci de nous faire aussi bien partager cette nouvelle passion. Tu racontes et ecris tres bien c est tres agreable de te lire.
Pour les crampes, peut etre ne bois tu pas assez avant une course, d autant qu elles sont longues et sans ravitaillement.
A bientot. ERIC

nata 25/06/2009 16:33

Alors là bravo! Faire de la nage et se retrouver sur un hippodrome!! C'est plus marrant qu'une chevauchée fantastique!! La prochaine fois accroche des mords à ta ceinture au cas où... Mais il va falloir que tu résolves ce problème de crampes qui te gâche les résultats à chacune de tes courses... "Forza Enzo"...