Port la Nouvelle- Gruissan (12Kms)

Publié le par Rico

 

Cette traversée est un peu particulière pour moi.

D’abord je n’y vais pas seul : Cathy, Jacques et Jean Marie sont de la partie et nous allons nager la distance ensemble.

Ensuite, le GAPA, club de nages avec palmes auquel j’appartiens, à décidé de m’apporter son soutien logistique et c’est la première fois qu’ils se mobilisent de cette façon à mes côtés.

Enfin, parceque cette traversée à un but : soutenir l’antenne locale de la Société Nationale de Sauvetage en Mer.

En fait, à coté de mes activités sportives, je suis membre du Lions Club. Mieux, cette année, j’en suis le Président dans ma ville.

C’est tout naturellement que j’ai décidé, avec d‘autres membres de mon club service, de monter cette opération médiatique pour attirer l’attention du public sur les besoins de la SNSM qui recherche des fonds pour financer l’achat d’une nouvelle vedette. Et 4 fêlés qui vont nager plus de 10 bornes pour la bonne cause, pour la presse locale, ça ne devrait pas passer inaperçu…

Pour mener à bien ce projet, j’ai réussi à mobiliser du monde et des moyens. Avec le GAPA, ce sont un zodiac avec un pilote (qui n’est autre que Moreau le Président du Groupe d’Activités de Plongée Autonome), un plongeur et un médecin fédéral. Mon oncle René pilote un second bateau sur lequel sont embarqués José (plongeur confirmé et secrétaire du Lions Club) et Bruno. Une troisième embarcation rapide, un jet ski, assurera le ravitaillement et fera la navette entre les bateaux. C’est mon vieil ami Michel qui aura cette tâche.

Bien sûr, Anaïs, ma (très) efficace entraineur(e) sera de la partie et veillera à ma sécurité ainsi qu’à mon ravitaillement.

Tout ce petit monde est donc réuni très tôt, au port de Narbonne Plage ce dimanche 6 septembre 2009.

Le zodiac est au débarcadère et René prépare l’open. Les nageurs monteront sur les deux bateaux. Michel nous rejoindra en mer sur son jet.

Nous devons d’abord rejoindre Port la Nouvelle en bateau. Là, nous nous élancerons pour la traversée. Notre timing est serré. Les gens de la SNSM souhaitent nous accueillir et nous ont préparé une petite réception. Nous avons calculé qu’il nous faudrait environs trois heures pour rallier Port Gruissan et je souhaiterai finir aux alentours de midi. La météo n’est pas mauvaise mais elle prévoit une mer « peu agitée » avec un vent ouest à 20Kmh. Ce n’est pas la mer à boire mais dans le terme « peu agitée » il y a « agitée ».

Sans jouer sur les mots, une mer peu agitée c’est une mer qui n’est pas dangereuse mais c’est une mer qui n’est pas « confortable ».

En plus, on va nager à contre courant puisque, à priori, il est plus favorable dans l’autre sens (effet naturel de l’Aude qui se jette dans l’autre sens, à 20 Kms de là)

Mais bon, d’un point de vue symbolique nous devons arriver à Gruissan puisque c’est le port d’attache de « Notre Dame des Auzils 2 », vedette SNSM qui, devenue obsolète, doit être remplacée.

Nous embarquons et prenons la mer en direction du sud.

Il fait vraiment beau et, première surprise, la mer est assez calme (contrairement aux prévisions du bulletin météo)

Ces deux bateaux, l’équipe et le matos …On dirait qu’on se prépare à une opération commando ou un truc de ce genre. Mais dans le rôle de James Bond, je ne serai pas vraiment efficace : je m’aperçois, avec horreur, qu’en préparant mon matériel j’ai oublié mon pince nez !

Le pince nez est un petit outil très efficace. Non pas que je craigne l’eau dans mes narines, cela ne m’a jamais gêné. Par contre, en nage de longues distances, l’eau à tendance à s’accumuler au fond du nez et monter progressivement au sinus. C’est efficace pour se nettoyer les narines mais franchement désagréable au bout d’un moment. Pire, ça peut provoquer la migraine. Je suis dépité. Sur l’autre bateau, seul Jean Marie peut, peut être, me dépanner car Jacques et Cathy, qui nagent en eau libre, n’utilisent aucun matériel.

Jean Marie n’a pas de pince nez…

Bon. Pas de panique. Je me suis déjà entrainé sans pince nez et je devrais pouvoir gérer le souci. Du reste, on n’est pas en compétition officielle. Si c’est insupportable, je vire le tuba et je respire sur trois mouvements en alternant côté gauche et droit à chaque sortie de tête. Au pire, Moreau me prêtera un masque de plongée…

Du temps que je réfléchis sur le lessivage de mes sinus à l’eau de mer, je vois un missile fendre le calme méditerranéen de cette belle matinée de septembre. Au loin, une sorte de chasseur F16 semble battre des records de vitesse sur l’eau : c’est Michel et son jet ski. Sacré Michel… Il est aussi allumé sur sa moto marine que sur  le karting qu’il utilisait à l’époque ou nous avons disputé les 24 Heures du Mans de karting ensemble. C’est dommage qu’il soit aussi excité de bon matin car le retour, à 3,5 Km/h de moyenne va lui sembler bien long !

Il arrive à nos côtés et nous poursuivons la route ensemble.

Nous approchons de Port la Nouvelle. Comme je le craignais, à cet endroit la mer est plus formée. J’essaie de distinguer mon ami Jean Pierre sur la jetée mais je n’arrive pas à le voir. C’est lui qui nous a aidés à monter cette opération. Ancien Officier Supérieur de la Marine nationale, Jean Pierre nous a permis de nouer des liens (que je crois durables et sincères) avec la Société Nationale de Sauvetage en Mer. Je suis très content qu’il soit là pour assister au départ car il  s’est beaucoup investi pour nous aider à monter cette opération, entre vrais amoureux de la mer…

La mer est donc ‘’nageable’’ mais le départ ne va pas être confort. Je me mets à l’eau en même temps que Jean Marie. Jacques et Cathy nous rejoignent. Leur mise à l’eau est un peu plus difficile pour une raison simple : ils vont effectuer la traversée en eau libre...Donc ils vont nager en maillot...Et, bien sur, sans palmes…

L’eau est à 18°. J’insiste pour que nous fassions une photo ensemble juste avant le départ afin de mettre en valeur mon sponsor (océanic) avant la traversée.  Cathy est gelée et il ne va pas falloir trainer pour le départ. On s’amuse un peu, on rigole… et c’est parti !

12 bornes à la nage c’est une première pour moi. Jean Marie, Jacques et Cathy ont déjà nagé des distances bien plus importantes mais ils ont quand même énormément de courage. Jean Marie n’a pas nagé en bi palmes depuis des siècles, Cathy ne s’est pas entrainée depuis un mois et Jacques a été malade durant la nuit qui a précédé ce défi.

Le clapot est important, ce n’est pas facile. Je suis devant mais je m’aperçois rapidement que je zigzague dans tous les sens.

Je gère tant bien que mal mon absence de pince nez. En fait, j’aspire par mon tuba et je souffle par les narines pour évacuer l’eau qui monte à mes sinus. Le problème, c’est qu’à chaque fois que je lève la tête pour m’orienter, je remplis mes sinus d’eau de mer jusqu’au front au moment ou je la replonge. C’est très désagréable.

Le zodiac est à bonne distance. Je me sens totalement rassuré par l’important dispositif de sécurité qui veille sur nous. J’aperçois Jean Marie à mes côtes de temps en temps. Nous sommes à environs 800m de la côte. Michel est derrière avec son jet. Il surveille Jacques. Cathy est un peu plus loin derrière. Ca bouge vraiment mais on progresse. Je regarde, au loin, une barre blanche sur la côte. Gruissan est encore loin….

Je me tourne pour essayer de me situer par rapport aux autres nageurs (se). Là, j’ai une vision incroyable : la vedette de la SNSM est à nos côtés, elle nous accompagne dans ce périple. C’est une sacrée surprise. Tout à coup, j’ai un sentiment de fierté et d’orgueil qui m’envahit. Je suis fier de ce que je suis en train de faire, fier de donner autant de moi-même pour soutenir, à ma façon, cette noble institution…

La vision de la vedette me donne un coup de fouet. Je suis totalement confiant dans la réussite de cette très belle aventure humaine...

Voilà une heure que nous nageons. Comme prévu, Anaïs m’appelle pour ravitailler. J’ai déjà la bouche enflammée par le sel. Le gout sucré de la boisson  énergétique me fait un bien fou. Je jette un coup d’œil vers Gruissan. On dirait que ça n’a pas bougé. Ca parait toujours aussi loin. La vedette de Port la Nouvelle à rebroussé chemin. Mais nous ne tarderons pas longtemps à retrouver aussi belle escorte…

Le chemin se poursuit et le rythme des ravitaillements s’accélère. L’eau est devenue plus chaude depuis que nous avons doublé le Grau de l’étang. La mer semble plus calme mais ça ne m’empêche pas de continuer à ‘’jardiner’’. Soudain, je vois deux grands battoirs passer à mes côtés dans un rythme régulier : c’est Jacques qui est en train de me doubler. Bon sang, ce type est vraiment incroyable. Je nage avec des palmes de surface qui ont une voilure en fibre de verre assez importante. Mon rythme de croisière doit voisiner les 3- 4 Kms/H. Et jacques arrive à soutenir, voire dépasser, ce rythme sans matos et sans combi ! Je pense qu’un de ces jours, des branchies vont lui pousser sous les bras.

La mer est de plus en plus calme et le soleil rayonne. C’est agréable de nager dans cet environnement. De plus, j’ai décidé de retirer mon tuba, ce qui m’oblige à nager en alternant 3 mouvements de bras et un mouvement pour respirer. C’est plus contraignant que de garder la tête en permanence sous l’eau, mais c’est plus confortable pour mes sinus et ça facilite considérablement l’orientation. Il faut savoir que cette technique est interdite quand on pratique la nage avec palmes en compétition. Le nageur doit garder son tuba. Mais là, on se fait plaisir et cela n’enlève rien à la performance. Jean Marie réussit lui aussi un bel exploit. Il nage à la hauteur de Jacques alors qu’il évolue habituellement en monopalme . C’est donc un exercice plus compliqué pour lui mais il s’en sort comme un chef. Je multiplie mes ravitaillements alors que nous arrivons sur la plage des chalets. J’ai eu un coup de fringale juste avant d’aborder la première digue de Gruissan. Une banane avalée entre deux grandes gorgées d’eau de mer m’a rassasié. Ma bouche gardera les stigmates de cette immersion prolongée en milieu marin durant les trois jours qui suivront la traversée. J’ai l’impression d’avoir mangé 10 Kilos de morue, c’est affreux !!

Jacques et Jean Marie m’ont attendu pour le finish.

Une silhouette familière et majestueuses s’approche de nous : ‘’Notre Dame des Auzils 2’’ vient à notre rencontre. C’est la vedette de sauvetage de Gruissan. Là aussi, je ressens un grand flux d’énergie sur la fin du parcours. Mais je ne suis pas le seul. En fait, nous allons terminer ces 12 Kilomètres pratiquement en sprint !

Quand nous terminons, à l’entrée du port, la vedette salue notre arrivée à grands coups de trompes. C’est un moment particulièrement magique.

Une fois de plus, ce sport m’apporte un moment particulier, un mélange d’aventure, de dépassement de soi et de partage à nul autre pareil …

Les marins nous aident à monter à bord. Cathy n’a pas terminé et elle est un peu en retrait derrière. Jean Marie, qui a encore plein de jus, chausse sa monopalme et se fait porter à sa rencontre par le jet de Michel. Il va accompagner Cathy jusqu’au bout…

C’est ça aussi la mer, un milieu magique qui unit des hommes et des femmes dans une chaîne d’union fraternelle…

Publié dans Courses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

fabienne et jacques 23/10/2009 12:06


Bienvenue à Sam, félicitations à votre jolie famille qui s'agrandit, nous espérons Aline en bonne santé, Elliot plein de joie et d'amour, Sam en bébé goulue et dormeuse et Eric en papa comblé !