Ma Première Travesée (Gruissan-Narbonne-Plage: 7,5 Kms)

Publié le par Rico

Avant d’écrire cet article, je me suis questionné sur l’opportunité de rédiger un texte pour raconter ce premier défi sur longue distance. Là, il ne s’agit pas d’une course avec un suspens et son lot de rebondissement. Il s’agit bien ici de raconter un voyage d’un point A vers un point B et de tenter, du mieux possible, de transmettre mon ressenti. Mais je crois que le jeu en vaut la chandelle, et je vais tenter d'éveiller l'intérêt du lecteur a travers le récit de cette très enrichissante aventure…

Pour ma première traversée, j’ai choisi de parcourir la distance qui sépare Gruissan de Narbonne Plage. 7 Kms 500 à la nage, plus les 600 m à parcourir dans les zones de baignade.

Pour cette première, j’ai un invité de marque. Jaques Tuzet, mon ‘’mentor’’ dans cette discipline, à répondu favorablement à mon invitation. Pour ce solide gaillard qui a traversé la Manche à la nage en 2002, cette traversée est un ‘’entrainement’’. Pour moi c’est l’inconnu…

Je n’ai jamais nagé sur une telle distance, et bien que j’aie fait un test de  nage non stop en piscine pendant 2 heures la semaine précédente, je suis un peu stressé à l’approche de l’effort.

Pour notre sécurité, Henri, mon cousin, nous accompagnera avec son bateau. Son rôle est de nous créer un couloir de sécurité entre son embarcation et les bouées qui matérialisent la zone des 300 m réservée aux baigneurs. Bien sûr, nous nageront à l’extérieur de cette zone, en direction de l’Est. . .

Anaïs, fidèle au poste, est là pour veiller sur nous en cas de pépin. Une fois de plus, elle s’est levée très tôt pour me suivre dans cette aventure. Sa compétence, doublée de son immense gentillesse font d’elle une personne qui m’est devenue indispensable pour chacune de mes tentatives de performance. Sa seule présence me rassure et me ‘’booste’’ à l’approche d’un évènement de ce type.

Mon père est également du voyage. Son rôle sera de veiller à ce qu’aucune embarcation ne nous arrive par l’arrière. A bientôt 71 ans, il est toujours aussi fier (et aussi inquiet) des activités et des performances sportives de son fils.

 

Nous avons décidé de nous élancer à 9 h pile. La météo est favorable. Un beau soleil et un vent de Nord Ouest de 20 Km/h qui devrait nous aider à progresser. Il y a juste la température de l’eau qui est assez fraîche en ce matin de juillet. Et, petit détail, Jacques nage sans combinaison…

Nous sommes sur le bord de la plage. Fabienne, l’épouse de Jacques, nous fait quelques photos. Jacques s’approche de l’eau et plonge son thermomètre. Le verdict est sans appel : 15°. Je porte une combinaison et lui un simple maillot de bain. Il n’est pas franchement ravi de la température mais connaissant le bonhomme, il va lui en falloir un peu plus pour jeter l’éponge.

Il est 8h 55 et le bateau arrive. Nous sommes déjà dans l’eau. Le timing est parfait. Nous progressons doucement vers l’embarcation. Mon ravitaillement est déjà à bord  et je me charge de remettre à Anaïs la boisson énergétique que Jacques va utiliser pour la traversée.


Je me tourne, face à l’Est  .  .  .


Et c’est parti. J’ai décidé de nager immédiatement au rythme de croisière que je me suis imposé, c'est-à-dire un rythme assez fluide, pas trop soutenu mais constant.

Je regarde Jacques du coin de l’œil. Nous nageons pratiquement au même rythme. Peut être suis-je un petit peu plus rapide que lui mais, autre petit détail, Jacques est un nageur d’eau libre. Donc, il nage SANS palmes.

Nous progressons doucement. Je n’ai pas la moindre idée du temps que nous allons mettre mais nous avons des conditions de mer qui sont au top. La houle est inexistante. Tout juste cette petite sensation de fraîcheur constante.

J’ai demandé à Anaïs de me faire ravitailler au bout de 45 mn. Pour ce type d’effort, le ravitaillement c’est très important. Mais là aussi, c’est un peu l’inconnu car je n’ai aucune idée sur les sensations et les bouleversements physiologiques qui m’attendent.

Nous nageons assez tranquillement. Le rythme est agréable et, à priori, je n’ai pas trop de problème d’orientation. A priori seulement car au bout d’un moment, je n’aperçois plus Jacques. Je fais un demi- tour sur moi-même et pas de trace de mon binôme. En fait, celui-ci est sur mon extrême gauche, près des bouées des 300 m et suffisamment loin pour que j’aie eu du mal à le repérer. Bon sang, je me suis drôlement éloigné des balises. Le bateau m’a suivi dans ma dérive mais je dois corriger ma trajectoire ou je vais parcourir plus de distance que prévu. Je reviens vers Jacques. Celui-ci nage de façon parfaitement rectiligne. C’est qu’il a de la bouteille le bougre ! Je me mets à son niveau et j’essaie de calquer ma trajectoire en utilisant les rayons du soleil qui pénètrent l’eau pour m’orienter. Il faut préciser que je nage avec un tuba frontal. Je ne sors donc jamais la tête de l’eau et c’est d’autant plus compliqué pour se repérer. J’ai soudain l’impression que les rayons de soleil ont changé de direction.  Je lève la tête et là, je m’aperçois que je suis carrément entré à l’intérieur de la zone des 300. Jacques est maintenant à mon extrême droite ! Je m’énerve un peu parce que si je continue à ‘’jardiner’’ de la sorte je vais parcourir le double de la distance prévue. Je reviens vers Jacques qui est toujours aussi impeccable dans sa trajectoire. Je passe derrière lui. Il doit vraiment se demander ce que je fous !! Je reprends ma trajectoire. Je nage un peu devant Jacques et je lève régulièrement la tête pour ne pas trop dévier. Les minutes passent. On dirait que ça va mieux au niveau de l’orientation…

Nous doublons la première digue. On vient de parcourir 2 kilomètres. Mes sensations sont très bonnes. Henri, notre pilote bateau, m’avait prévenu qu’à cet endroit les courants pouvaient changer et la température en être modifiée. Mais il n’en est rien. L’eau est toujours aussi fraîche ; Ma main est d’ailleurs légèrement paralysée par le froid. Quand je pense à Jacques qui se tape le trajet en maillot… Mais apparemment, il est imperturbable.

Je pense soudain à mon ravitaillement. En fait, je ne ressens aucun besoin particulier. Je n’ai pas de coup de fringale et je n’ai pas soif. Je tourne la tête vers le bateau et je vois mon Père qui me fait des signes qui m’invitent à me rapprocher d’eux. Je crois également entendre Anaïs qui siffle en ma direction. Apparemment, c’est l’heure de passer à table. Pour mon ravitaillement, j’ai choisi une sorte de purée énergétique à base de fruit que j’ai acheté dans un grand magasin d’équipements sportifs. Je n’ai pas l’habitude de m’alimenter en faisant du sport et je ne connais donc pas en détail la saveur des ‘’menus ‘’ que l’on trouve dans les commerces spécialisés pour ça. Ben franchement, j’avais rien perdu jusqu’alors. Anaïs me tend le tube, je suis sur le dos car je continue de palmer durant mon premier (et dernier) ravitaillement de la traversée. J’absorbe une bouchée de ce truc… C’est incroyablement dégueulasse. En fait, je n’avais pas soif mais je demande immédiatement à ma coach la bouteille d’eau pour me faire passer le goût infâme que j’ai dans la bouche le plus vite possible. Nous en sommes à bientôt 1 heure de nage et, une chose est sûre, je finirai comme ça, sans ravitailler une fois de plus.

Durant mon ‘’arrêt au stand’, Jacques à poursuivi sa route. C’est une vraie torpille. Il m’a bien pris 200 m d’avance et je vais mettre un bon moment avant de le rejoindre.

Nous avançons maintenant à hauteur de Narbonne Plage. Les bouées de 300 m sont beaucoup plus proches les unes des autres et c’est un régal au niveau de l’orientation car cela nous ouvre un véritable boulevard tout jaune devant nous.

Henri intervient à deux reprises sur deux plaisanciers qui font route sur nous. Les gars, très compréhensifs, s’écartent de notre trajectoire. Notre pilote fait un travail absolument remarquable. On nage dans des conditions de sécurité optimales.

Je poursuis mon effort et soudain… ma bonne vieille copine ‘’Lacrampe’’ qui me rend visite. Y’avait longtemps... Mais comme maintenant je suis un vieil habitué de la tétanisation musculaire en milieu marin, il n’y a pas de panique. Je me retourne et je tire sur le pied concerné. Ce n’est pas trop méchant. Je me remets dans le bon sens et là, je fais une démonstration en direct à Anaïs des fruits de son travail pédagogue : je nage, comme elle me l’a appris, sur une seule palme pour soulager la jambe qui souffre de tétanisation. Merci encore ma coach…

J’arrive enfin à hauteur de Jacques. Je me cale à côté de lui. Je l’observe dans le coin de mon masque. C’est impressionnant la façon dont il mouline des bras. Anaïs nous confiera plus tard qu’elle avait en face d’elle deux nageurs utilisant deux moteurs. Le premier à l’avant, Jacques avec ses grand bras, le second à l’arrière, votre serviteur avec ses grandes palmes.

Nous avançons à la même vitesse et je dirai même que nous sommes presque dans un rythme soutenu. Je prends un petit peu d’avance pour que nous ne nous gênions pas. Je vois au loin la digue du port de Narbonne Plage. Sur ma gauche, j’aperçois le mur coloré qui se trouve juste derrière le poste de secours N° 1 de la station balnéaire. Je suis à l’aplomb de la zone d’entrainement que j’ai l’habitude d’utiliser quand je viens dans le coin. Mes sensations sont excellentes et je suis envahi par un sentiment de plénitude à nul autre pareil. La digue est encore loin mais je sais que je vais y arriver. Mes pensées commencent à partir dans tous les sens. Je n’ai pas encore fini que je commence à penser au futur. Oui, je peux nager encore plus loin, j’en ai, à ce moment même, la profonde conviction …

La digue s’approche de plus en plus… de plus en plus…

A quelques mètres de l’arrivée, mon Père laisse exploser sa joie à renforts de grands coups de cornes de brume. Anaïs n’est pas en reste avec ses cris de joie.

Au loin, sur la plage, j’aperçois la silhouette d’un petit garçon qui s’approche de l’eau en tenant la main d’une jolie brune aux formes joliment arrondies par un sixième mois de grossesse.  Ils sont loin mais je les ai reconnus parmi tous les plagistes… Je leur fait de grands signes avec les bras et j’ai déjà hâte de le rejoindre.

A ce moment précis, je suis l’homme le plus heureux du monde…

 

 

 

Publié dans Courses

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Commenter cet article

Jacques 17/07/2009 21:30

Super récit de notre aventure aquatique. cela a vraiment été un super entraînement. Un grand merci à nos accompagnateurs. A bientôt pour une distance un peu plus longue.

FABIENNE 17/07/2009 12:34

Bravo à toi Eric pour ce compte-rendu très sympa à lire ! vous êtes de sacrés bonshommes !!! chapeau bas ;-)

Rico 17/07/2009 13:46


Merci beaucoup Fabienne. Je me donne beaucoup de mal pour essayer de partager ma passion à travers ces textes. Tous les messages d'encouragement font vraiment chaud au coeur.
Mais.. C'est toi qui a un sacré, sacré bonhomme !!
A bientôt