Ma première Traversée: Sète

Publié le par Rico

Ca y est. C’est le grand jour. 8 mois sans clopes, 6 mois d’entrainement, et me voilà enfin arrivé au but : ma première épreuve de nage avec palmes. Je me suis inscrit dans la catégorie 3 kms. Je pense être prêt pour cette distance, mais pour une première épreuve, c’est tout de même la grande inconnue. Je suis en compagnie d’André, mon entraineur et Elisabeth, sa femme. Nous arrivons sur place vers huit heures. Le départ est dans une heure trente. Je m’inscris et je passe un coup de fil à mon épouse qui m’informe, qu’avec mon fils, ils ne vont pas tarder à arriver.

Je vais saluer Jacques Tuzet (un nageur de très longues distances) qui se prépare pour le 20 kms. Il va nager pendant 3 heures non- stop et il est vraiment très détendu. Je ne peux pas en dire autant même si, pour l’instant, je ne me mets pas trop de pression.

 Ma femme et mon fils arrivent. Je jette un coup d’œil sur ma montre et je démarre mon échauffement « à sec » (hors de l’eau). Je vais trottiner pendant 15 mn, m’étirer 15 mn de plus, et m’habiller pour être fin prêt 5 mn avant le départ. Le fait d’improviser ce petit footing me fait un bien fou. Je sens que je suis « dans le bain ». Tout en trottinant,  je m’éloigne du site ou sont regroupés les nageurs. Cela m’aide à m’isoler et j’en profite pour repérer une partie du parcours.

 Echauffement et étirements terminés, je m’habille. André me tient compagnie. Je sens que la pression monte….

Pour le départ, le principe mis en place par les organisateurs est simple. Le nageur doit d’abord se mettre à l’eau, rejoindre une ligne imaginaire symbolisant le « START » et attendre la sirène du coup d’envoi.

 Comme les autres concurrents, je me mets à l’eau, et je suis envahi par une sensation de froid (l’eau est à 12 °). Doucement, je me dirige vers les nageurs et là, j’ai une idée assez « gonflée » que je retiendrai ensuite pour l’ensemble des épreuves auxquelles je participerai : me mettre devant tout le monde pour le départ. En général, quand je participe à des épreuves de course à pieds, je me mets modestement en milieu de peloton pour ne pas gêner les « cadors » devant. Mais dans l’eau, c’est différent. Il me semble que si je reste  au milieu, je risque de me prendre des coups de palmes dans la figure et d’être vraiment gêné par les remous des autres nageurs. L’avenir me dira que j’ai eu parfaitement raison d’adopter cette stratégie…

Tous les nageurs sont dans l’eau, prêts… 3, 2, 1 … C’est parti !! Et voilà… Je suis au milieu d’un véritable tourbillon d’eau, de palmes, de corps enchevêtrés et c’est absolument dingue. C’est tout nouveau pour moi et je nage du mieux que je peux.

Ce qui me surprend d’abord, c’est que je n’ai aucune sensation de vitesse, ni de l’effort que je suis en train de fournir. Du reste, pour l’orientation, comme on m’avait prévenu, ce n’est pas facile… Je lève de temps en temps la tête pour essayer de voir ou je vais. Je ne sais même pas ou je me positionne par rapport au peloton et j’ai l’impression que tout le monde m’est passé devant !!

Au moins, l’avantage par rapport à l’entraînement, c’est que je ne suis pas tout seul. Je double un mono palmiste et je me dis que c’est toujours bon signe car ils sont, logiquement, plus rapides que moi. Je me retrouve alors côte à côte avec un bi palmiste. Son rythme est proche du mien et je décide de rester près de lui car, en le suivant, il me guidera. C’est vrai que, dans le fond, ce n’est peut être pas une très bonne tactique car si ce nageur se met à *« jardiner » (*se diriger n’ importe où), je vais « jardiner » avec lui… Mais bon, c’est ma première course de NAP« de ma vie » et on va faire avec…

Cette tactique ne marche pas trop mal, sauf que régulièrement, on se rentre dedans. Nous passons le second virage à gauche, et, une fois de plus, c’est la collision. Le gars explose de colère et il m’apostrophe : « nage droit bon sang !! ». Sa remarque m’énerve car j’ai plutôt l’impression que c’est LUI qui a tendance à se vautrer sur moi. Je m’arrête une seconde et je ne sais pas si je vais retirer mon tuba et lui répondre (tout aussi vertement) ou bien me taire… Je préfère la seconde solution. Première épreuve donc pas d’embrouilles inutiles qui me feraient perdre un temps précieux… Mais cet épisode me contrarie. Je poursuis mon chemin en m’éloignant le plus possible de lui. Rapidement, je m’aperçois que je suis pratiquement au milieu du chenal !! Je corrige ma trajectoire et en revenant vers le quai, je vois des nageurs assez loin devant moi. Pour moi c’est sûr, à ce moment précis, je fais partie des derniers…

Je suis maintenant à environs un tiers du parcours, et, comme je l’ai prévu à cet endroit que j’ai repéré en trottinant durant l’échauffement, je suis saisi d’un  point de côté. C’est imparable à l’entrainement, et c’est idem pour la course : dès que j’atteins le kilomètre à la nage, systématiquement, j’ai un point de côté. Cela dure quelques instants et c’est très désagréable. Quand je m’entraine je gère le problème mais à ce moment là, c’est un pépin qui vient se cumuler au reste des sensations négatives qui, peu à peu, m’envahissent : l’engueulade avec le nageur, le point de côté, la désorientation, l’essoufflement font que je me décourage : « mais qu’est ce que tu fais là ? T’est rincé, c’est foutu …-Me dis-je ».

Je me laisse envahir un instant par toutes ces pensées parasites mais cela ne dure pas trop longtemps car, sans trop m’en rendre compte, je glisse doucement vers une sorte de sentiment de sérénité au fur et à mesure que je progresse. En plus, mon point de côté disparaît.

Tout en avançant, j’observe le fond du canal. L’eau est assez claire mais le fond est une poubelle. A deux ou trois reprises, je manque de me prendre un bateau amarré au port. Sacré orientation ! C’est vrai que dans ce sport, c’est LE problème.

Alors que je vais passer sous un pont, je lève  instinctivement la tête et j’apperçois ma femme, mon entraîneur et son épouse. Je les entends qui m’encouragent. Je lève le pouce en signe de remerciement. Je me sens beaucoup mieux, physiquement, et je suis surtout plus serein. Par contre, je n’ai pas la moindre idée de l’endroit ou je me trouve sur le parcours. Je sais que je suis dans la ligne droite qui va me mener à la bouée que je dois contourner avant le retour vers la ligne d’arrivée. Dans ma tête, je suis au début du quai et assez loin de cette balise. Mais quand je lève les yeux pour me repérer j’aperçois ...LA BOUEE !! Bon sang, je suis presque à 1 Km plus près que l’endroit ou je pensais me trouver ! Tout à coup c’est un véritable coup de fouet que je ressens et je suis ultra motivé.

J’aperçois une mono palmiste devant moi qui engage son virage autour de la balise. Je ne suis pas loin et, sûr de moi, je décide de la doubler. J’appuie un peu plus sur les bras, j’intensifie le battement de mes jambes et je la dépasse. L’arrivée n’est plus très loin. J’accélère encore et encore… Ca s’approche… J’accélère et je termine … Essoufflé, épuisé… Et ravi…

 Je suis  surpris qu’il n’y ait pas plus de monde sur le quai. Mais ou sont tous ces nageurs qui sont arrivés avant moi puisque je suis avant denier ?  Je vois alors ma femme arriver en courant sur le quai: « C’est super !! » me crie t elle « t’as fait un super temps !! »

 

En fait, ce que je ne sais pas encore, c’est que je suis second dans la catégorie des bis palmistes et que j’ai nagé la distance en 40 minutes (soit 20 mn de mieux que lors de mon premier entraînement en piscine !). Je ne sais pas non plus, à ce moment, que je vais monter sur le podium pour recevoir une médaille (une des plus belles ) et que ces mois d’efforts et de travail sur moi auront payé en m’offrant un immense sentiment de plénitude ….

 

 

Publié dans Courses

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